Cosmétiques Naturels

Vérifier la composition d'un cosmétique : sources fiables

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Vérifier la composition d'un cosmétique : sources fiables

La composition d’un cosmétique se vérifie à quatre endroits, dans cet ordre : la liste INCI de l’emballage, une base publique d’ingrédients, le texte réglementaire européen, puis la marque elle-même. Les applications de notation viennent après, comme filtre de repérage. Aucune de ces sources ne suffit seule.

Ce que l’étiquette a l’obligation de vous dire

La liste INCI n’est pas une faveur marketing, c’est une obligation légale. L’article 19 du règlement européen sur les produits cosmétiques impose de faire figurer les ingrédients sous leur nomenclature internationale, par ordre de poids décroissant tant qu’ils dépassent 1 % de la formule. En dessous de ce seuil, l’ordre devient libre.

Cette règle donne déjà une méthode de lecture. Les quatre ou cinq premiers noms pèsent l’essentiel de la composition du produit, le reste relève souvent du dosage marginal. Un actif vanté sur la face avant du flacon mais placé en fin de liste, juste avant les conservateurs, ne représente probablement que quelques dixièmes de pourcent.

Deux conventions aident à trier. Les noms en latin désignent des ingrédients végétaux bruts, les noms en anglais des molécules obtenues par synthèse ou par transformation. Les parfums se regroupent sous le terme « Parfum » ou « Aroma », suivi des allergènes que la réglementation oblige à nommer séparément.

Reste la limite du support. L’étiquette dit quels ingrédients sont présents, jamais en quelle quantité exacte, ni pourquoi ce choix de formulation. Pour ça, il faut sortir du flacon. Notre guide sur les ingrédients cosmétiques naturels détaille les familles d’actifs les plus fréquentes en tête de liste.

Liste des ingrédients au dos d’un flacon de soin, lue à la loupe sur un plan de travail clair

Les quatre familles de sources qui font autorité

Une fois le nom INCI relevé, la question devient : à qui demander ce qu’il est et ce qu’il fait. Quatre canaux se complètent, avec des degrés d’indépendance différents.

Les bases de données publiques

CosIng est la base de la Commission européenne. Elle recense les noms INCI, leurs fonctions déclarées et surtout leur statut réglementaire : autorisé, interdit, ou soumis à restriction avec une concentration maximale. C’est la seule source qui relie directement un ingrédient au droit en vigueur.

Cosmile Europe joue un autre rôle. Lancée le 16 février 2023 par l’association professionnelle Cosmetics Europe, avec la fédération française FEBEA et son homologue allemand IKW, elle documente près de 30 000 ingrédients cosmétiques en quatorze langues, dans un vocabulaire accessible. Sa fiche d’identité compte : elle émane de l’industrie, ce qui en fait une excellente source de définitions et une source à croiser sur les questions de controverse.

Les textes et avis réglementaires

Le règlement européen et ses annexes constituent la référence brute. L’annexe II liste les substances interdites dans les cosmétiques, l’annexe III celles qui restent autorisées sous conditions de concentration, de zone d’application ou de public visé. Les avis du Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs, publiés sur le site de la Commission, expliquent le raisonnement derrière chaque restriction.

Les médias et associations spécialisés

Un texte réglementaire dit ce qui est permis, pas ce qui est pertinent pour votre peau ni ce que vaut le produit à son prix. C’est le travail de la presse spécialisée et des associations de consommateurs. Encore faut-il vérifier leur modèle économique avant de leur faire confiance : un média qui vit de l’affiliation gagne de l’argent sur chaque clic d’achat, ce qui pèse sur sa sélection. Un titre comme Le Journal de la Cosmétique, qui annonce zéro sponsor, aucun lien d’affiliation et des formules relues ligne à ligne en citant règlements et bases publiques, se vérifie sur ces trois critères, pas sur le ton de ses articles. Les enquêtes de l’UFC-Que Choisir et de l’Institut national de la consommation, à travers 60 Millions de consommateurs, répondent à la même logique de financement par les lecteurs.

La marque, dans un cadre précis

L’article 21 du règlement européen ouvre un droit peu connu : la personne responsable de la mise sur le marché doit rendre accessible au public la composition qualitative du produit, la quantité des substances dangereuses présentes, et les données existantes sur les effets indésirables. Une demande écrite au service consommateurs suffit à l’activer.

Ce que les applications savent faire, et ce qu’elles ignorent

Les applications de scan répondent à une vraie attente. Tapez une question sur la composition d’un cosmétique dans un moteur de recherche, et les premiers résultats renvoient presque tous vers INCI Beauty, Yuka ou QuelCosmetic. Leur utilité est réelle pour repérer un ingrédient en rayon, en quelques secondes.

Leur angle mort est structurel. Chaque application applique son propre barème, construit à partir de classifications de dangers, ingrédient par ingrédient. Or un danger n’est pas un risque : le risque dépend de la dose reçue, de la fréquence d’usage et de la zone d’application. C’est exactement ce que mesure l’évaluation officielle. Les Notes of Guidance du Comité scientifique européen, dans leur 12e révision de 2023, exigent une marge de sécurité d’au moins 100 entre la dose d’exposition systémique estimée et la dose sans effet observé chez l’animal.

Deuxième limite : l’algorithme ne connaît pas la concentration réelle. Un conservateur autorisé à 0,3 % maximum reçoit la même pénalité qu’il soit dosé à 0,05 % ou à la limite haute. Le même produit peut donc ressortir excellent sur une application et médiocre sur une autre, sans qu’aucune des deux ne se trompe dans sa propre logique.

Le bon usage tient en une phrase : l’application signale, la base publique tranche. Cette prudence vaut aussi pour les notes et commentaires en ligne, dont la fiabilité varie fortement, comme le montre notre méthode pour repérer les faux avis produits.

Application mobile de scan ouverte à côté de plusieurs flacons de soin sur une étagère de salle de bains

Qui contrôle les cosmétiques en France depuis 2024

Beaucoup d’articles en ligne renvoient encore vers l’Agence nationale de sécurité du médicament. L’information est périmée. Depuis le 1er janvier 2024, en application de la loi de finances pour 2023 du 30 décembre 2022 et du décret du 28 novembre 2023, la compétence a changé de mains.

La répartition actuelle se lit en trois lignes :

  • la DGCCRF contrôle les produits mis sur le marché et inspecte les établissements ;
  • l’Anses reçoit et analyse les signalements d’effets indésirables, au titre de la cosmétovigilance ;
  • les rappels de produits sont publiés sur le portail public RappelConso.

Un consommateur qui subit une réaction déclare l’événement sur signalement-sante.gouv.fr. Ce geste alimente une base nationale, et c’est l’un des rares canaux par lesquels un usager pèse réellement sur la sécurité des formules mises en vente.

Pour un produit acheté hors Union européenne, en ligne notamment, ce filet de sécurité ne joue pas de la même façon : la personne responsable peut ne pas exister sur le territoire, et le dossier d’information produit reste alors hors de portée du contrôle.

Faire analyser un produit en laboratoire : dans quels cas

La question revient souvent dans les recherches associées, avec l’idée d’un test à faire soi-même. En pratique, l’analyse en laboratoire indépendant existe, mais elle vise un autre besoin : les fabricants la commandent dans le cadre du rapport de sécurité obligatoire, et les associations de consommateurs la financent pour leurs enquêtes comparatives.

Le coût d’une recherche ciblée sur un contaminant, un métal lourd ou une substance non déclarée se compte en centaines d’euros par produit, et suppose de savoir précisément quoi chercher. Pour un particulier, le rapport entre le prix et l’information obtenue reste défavorable dans presque tous les cas. La demande écrite à la marque, appuyée sur l’article 21, coûte un courriel.

L’analyse garde son intérêt sur un point : elle est la seule à détecter ce qui n’est pas déclaré sur l’étiquette. C’est précisément ce que cherchent les enquêtes qui révèlent des substances interdites dans des produits importés.

Paillasse de laboratoire avec échantillons de crème en coupelles de verre et pipette, lumière froide

Une méthode en cinq gestes, du rayon à la décision

La vérification devient rapide dès qu’elle suit toujours le même ordre. Voici la séquence qui fonctionne devant un produit inconnu :

  1. lire les cinq premiers noms de la liste INCI, qui portent l’essentiel de la formule ;
  2. relever le ou les ingrédients qui posent question, sous leur nom INCI exact ;
  3. chercher ce nom dans CosIng pour connaître son statut réglementaire, puis dans Cosmile pour sa fonction ;
  4. croiser avec une enquête de presse indépendante ou d’association de consommateurs sur la catégorie de produit ;
  5. écrire à la marque si un point reste opaque, en citant l’article 21 du règlement européen.

Trois réflexes complètent la démarche. Un label certifié, avec le nom de l’organisme et le numéro de certificat, remplace une partie du travail de vérification : nos repères pour décrypter les labels cosmétiques précisent lesquels engagent réellement un contrôle. La mention d’un pourcentage naturel sans certificateur n’engage personne, un point développé dans notre méthode pour reconnaître un cosmétique vraiment naturel. Enfin, la date de durabilité et le symbole de période après ouverture appartiennent aussi à la composition d’un produit dans le temps, comme l’explique notre guide sur la conservation des cosmétiques.

Prochaine étape concrète : prenez le produit que vous utilisez tous les jours, relevez ses cinq premiers ingrédients, et passez-les dans CosIng. Dix minutes suffisent à savoir si votre soin quotidien tient ses promesses de formule.